Traduction : un marché mondial élevé, fragmenté et en croissance

Avec le printemps arrivent les résultats des enquêtes sur la traduction et les traducteurs. Ainsi, la version 2010 de The Language Services Market, l’étude de Common Sense Advisory a-t-elle été récemment envoyée aux répondants de l’enquête 2011. Beaucoup plus fouillée que les précédentes, elle mesure avec une précision inégalée jusqu’ici le marché de la traduction et des services linguistiques dans le monde.

Des agences de traduction très nombreuses et une croissance forte

Comme leurs auteurs le racontent très bien en introduction, il leur a d’abord fallu identifier la quasi-totalité des agences de traduction dans le monde. Ils en ont trouvé 23 380 dans 149 pays soit, d’après leurs estimation, 92,5% du total ! D’après les enquêteurs, ces agences développent ensemble un CA mondial de 26,3 milliards de dollars en 2010 (18,5 milliards d’euros)*, et 23,2 milliards de dollars en 2009. Un chiffre bien supérieur aux estimations parues il y a dix-huit mois, qui indiquaient un CA de « seulement » 17 milliards de dollars pour 2010 et 15 milliards pour 2009, soit 30% inférieur. Il faut dire que les chiffres étaient alors extrapolés à partir d’une base bien plus réduite qu’aujourd’hui.

Mesurant la taille du marché avec une précision accrue, Common Sense Advisory était capable de déterminer de façon plus pointue le taux de croissance annuel : 13,15% ! S’il est légèrement inférieur aux prévisions antérieures, ce taux reste extrêmement élevé comparé à la croissance mondiale. C’est d’autant plus remarquable qu’il a été calculé en prenant en compte la mauvaise performance de l’année 2009 : c’est en fait la moyenne entre la croissance 2009/2008 (8,21%) et la croissance 2010/2009 (18,09%).

Autre innovation importante, le marché est désormais mesuré (et les acteurs majeurs indiqués) dans les neuf grandes régions du monde identifiées par les Nations Unies (Amérique du Nord, Amérique du sud, Europe du Nord, Europe de l’Ouest, Europe du sud, Europe de l’Est, Asie, Afrique, Océanie) au lieu de quatre auparavant (USA, Europe, Asie, Reste du monde). Si les pays européens concentrent le plus grand nombre d’entreprises de traduction (15 471 sur 23 380), ils arrivent en deuxième position pour le CA généré (43,18% du marché mondial, contre 48,5% à l’Amérique du Nord). En Europe, ce sont les pays d’Europe du Nord qui centralisent la plus grande part du CA (19%, 5 milliards de dollars en 2010), suivis de l’Europe de l’Ouest avec 11,10% (et 2,9 milliards de dollars en 2010). Autrement dit, l’agence de traduction « moyenne » d’Europe dégage un CA de 735 000 dollars (517 000 euros), contre 1 126 000 dollars (792 000 euros) pour l’agence moyenne au niveau mondial, et sans doute beaucoup plus encore pour l’agence moyenne en Amérique du Nord ou au Royaume Uni.

Le marché français passé au scanner

C’est dire que le marché est bien plus fragmenté qu’anticipé : alors que les précédentes enquêtes considéraient que 26,6% du marché était détenu par les 30 entreprises de traduction les plus importantes dans le monde, l’étude 2010 rapporte que les 40 plus grandes sociétés ne se sont appropriés que 15% du marché mondial. Autrement dit, 85% du marché se répartit entre les « petites » agences, celles qui font moins un CA inférieur à 18 millions de dollars !

Une étude particulièrement bien informée, donc, que la lecture du dernier Observatoire de la traduction**, mené par la CNET (Chambre Nationale des Entreprises de Traduction), complète utilement au plan français. La précédente livraison datait de 2008 (chiffres 2007), car trop peu de répondants s’étaient manifestés pour l’enquête 2009 (chiffres 2008). Par conséquent, le dernier observatoire permet d’avoir une vue détaillée de l’activité en 2009, une année sombre s’il en fût, puisque 64% des entreprises françaises de traduction ont vu leur CA baisser. Pourtant, entre 2007 et 2009, dans l’ensemble, les entreprises ont crû : en effet, là où 39,5% des entreprises de traduction répondant au questionnaire de la CNET réalisaient en 2007 un CA compris entre 150 000 € et 500 000 €, elles étaient 42% en 2009 ; et si 32,5% des sociétés interrogées faisaient un CA supérieur à 500 000 € et inférieur à 1,5 million d’euros en 2007, elles étaient 38% dans cette situation en 2009. Et ceci dans un contexte où le panel interrogé augmente également, puisque 56 sociétés (sur 395 agences en France) ont répondu aux questions de la CNET sur l’exercice 2009, contre 43 pour l’exercice 2007.Alors, où est passée la crise ? Il semble que ce soit surtout les entreprises fondées depuis moins de cinq ans qui en ont pâti, puisque leur nombre est bien inférieur dans la nouvelle étude (13,72% du panel) que dans la précédente (20%).

Des traducteurs… technologues ?

Mais l’Observatoire ne s’intéresse pas uniquement au chiffre d’affaires. Il examine aussi la structure de l’entreprise, la formation des chefs d’entreprise (45% de traducteurs, 35% issus d’écoles de commerce, 20% d’ingénieurs et journalistes), la certification qualité (16% des entreprises certifiées), l’organigramme (combien de traducteurs en interne ? de chefs de projets ? de commerciaux ?, etc.), la nature des emplois pourvus (CDI, CDD, stagiaires, …), les logiciels utilisés en interne, les services vendus (traduction, localisation, interprétariat, mise en page…), etc. Il s’agit donc d’un outil particulièrement complet pour quiconque souhaite comprendre le fonctionnement des agences de traduction françaises.

Mais si vous voulez en apprendre autant au sujet des traducteurs eux-mêmes, c’est à Trad’Online qu’il faut s’adresser. Après sa première enquête, menée en 2008, Trad’Online a décidé de s’intéresser à l’adoption des nouveaux outils numériques interactifs par les traducteurs professionnels indépendants. Menée auprès de 1330 professionnels, l’étude 2010 dresse un portrait nuancé des traducteurs indépendants : attitude vis à vis des outils de traduction automatique, du partage de mémoires de traduction, de la traduction collaborative, des réseaux sociaux, de l’utilité de ces sites pour trouver des clients… Tout est vu en vingt questions éclairantes sur la relation qu’entretiennent les traducteurs avec leurs outils et leurs donneurs d’ordres.

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*26 milliards de dollars, c’est par exemple l’estimation du marché mondial des tablettes tactiles en 2011, d’après Gartner Group
**Faut-il le préciser ? Il n’y aucune relation entre le blog d’Anyword et la très riche et très intéressante enquête de la CNET menée à titre bénévole depuis 2002 par Xavier Mignot, d’Accent Mondial… excepté l’utilisation de l’expression « Observatoire de la traduction » pour les désigner l’un et l’autre.  Ce qui rapproche ces deux « observatoires », c’est bien sûr l’intérêt pour les sujets qui agitent les acteurs de la traduction en France et ailleurs, et la volonté d’en témoigner en respectant un format prédéfini.

Professionnels de la traduction : conférences d’automne aux Etats-Unis

L’association TAUS organise une conférence dédiée à l’usage des outils de traduction automatique dans le monde de la traduction professionnelle à l’hôtel Governor de Portland, dans l’Oregon, du 3 au 6 octobre 2010. Les nombreuses communications prévues présenteront diverses plates-formes de traduction, dont celles de Lionbridge (GeoWorkz), de Lingotek ou de WeLocalize, qui s’appuie sur GlobalSight, une solution Open Source. Une présentation fera le point sur l’état actuel de la recherche en matière de traduction automatique. Puis, la question de la relation entre les divers aspects de la traduction professionnelle et la traduction automatique sera abordée de façon approfondie au cours de nombreuses interventions menées par des représentants de Microsoft, Systran, Asia Online, ProMT, Intel, Applied Language Solutions, SDL ou encore Lexcelera. De nombreux témoignages présenteront des études de cas, et une série d’ateliers sont prévus avant de début de la conférence elle-même.

Pour finir en beauté, TAUS propose à ceux qui s’enregistrent de réserver leur place dans le bus qui les amènera à la conférence Localization World qui se tient à Seattle, dans l’état de Washington, du 6 au 8 octobre. Les communications seront là encore particulièrement nombreuses, puisque 5 parcours différents sont prévus, ce qui permet aux organisateurs de planifier près d’une quarantaine d’interventions en deux jours ! On y parlera de localisation de jeux vidéos, de la stratégie de globalisation du Web dans les années à venir, de Twitter, de qualité, de Google Translate… Impossible de s’y rendre sans consulter le programme détaillé avant de s’inscrire.

Mémoires de traduction : SDL, DéjàVu et Wordfast redéfinissent le marché

Avalanche de nouveautés chez les éditeurs de logiciels à Mémoire de traduction : SDL Trados, Atril DéjàVu et Wordfast revoient leur gamme de produits de fond en comble. Chaque logiciel mériterait un article à lui seul, et l’occasion ne maquera sans doute pas dans les semaines à venir de procéder à une revue de détails de leurs fonctionnalités.

SDL, qui annonçait la semaine dernière SDL Trados Starter Edition, une version (très) bridée de son logiciel à mémoire de traduction disponible en ligne pour à peine 8 € par mois, sort cette semaine une version d’évaluation de SDL Trados 2009 SP2. Il devient enfin possible pour les traducteurs et les agences de se faire leur propre religion au sujet du produit sans débourser un centime… pendant 30 jours. C’est ce à quoi servait autrefois le mode « Démo » de SDL Trados 2007, lequel permettait quelques opérations, comme l’analyse des documents à traduire, sans autoriser une vraie exploitation. La version d’essai actuelle permet une utilisation quasi-complète limitée dans le temps : un bon moyen, si on envisage vraiment de se procurer le logiciel, de le tester à fond avant de prendre une décision définitive. C’est un bon complément de l’ensemble de la gamme SDL, déjà très étendue puisqu’elle comprend l’édition Starter, l’édition Freelance, l’édition Professional, l’édition Workgroup (à licence « flottante »), et l’édition Server. Ouf !

Les concurrents ne sont pas en reste. Wordfast, par exemple, vient de lancer la version 2.3 de Wordfast Pro et Wordfast Pro Plus, qui concurrence SDL Trados Studio. Wordfast Pro 2.3 apporte plusieurs nouveautés extrêmement intéressantes, comme la prise en charge des fichiers PDF, des fichiers MIF (FrameMaker) et des fichiers TTX (les fichiers bi-textes prétraduits de SDL Trados pour TagEditor), un système automatique d’alignement de fichiers, et l’intégration des principaux outils de traduction automatique. Rappelons qu’il s’agit aussi du seul logiciel à mémoire de traduction qui s’exécute aussi bien sous Windows que sous Macintosh OS X ou Linux. Enfin, Wordfast accepte sans difficulté de travailler avec des mémoires de traduction ou des glossaires stockés à distance, même gérés par ses concurrents… Mais il y a désormais plusieurs produits Wordfast : outre Wordfast Pro et Wordfast Classic (l’ancienne version, développée en tant que modèle de document Word), il y a aussi Wordfast Server, pour le partage de mémoires de traduction, et Wordfast Anywhere. Cette dernière offre est étonnante, puisqu’il s’agit d’un logiciel entièrement en ligne, dans lequel on peut traduire ses documents, charger sa mémoire de traduction et son glossaire, les partager avec d’autres traducteurs, bénéficier de la VLTM (<>Very Large Translation Memory) et même faire appel à un moteur de traduction automatique. Le tout gratuitement ! Wordfast nous refait là le coup qui lui avait si bien réussi à son lancement, lorsqu’il diffusait les premières versions de son modèle Word pour rien auprès des freelance, et obtenait en échange des retours d’expérience très détaillés et complets de la part d’une communauté d’utilisateurs très large (le groupe d’utilisateurs Wordfast sur Yahoo! compte près de 15 000 contributeurs). Du reste, wordfast a toujours conservé le principe : l’utilisateur peut exploiter une version bridée du logiciel aussi longtemps qu’il le souhaite avant de l’acheter.

Atril et son distributeur exclusif Powerling ont, eux, choisi une autre voie. Et avant toute chose, ils sont revenus sur la tarification de leurs licences, qui a baissé de 40% à 60% par rapport à ce qui se pratiquait il y a seulement quelques mois. DéjàVu X a été récemment mis à jour pour prendre en compte les nouveautés apportées par SDL Trados Studio 2009 et maintenir la compatibilité avec son concurrent (la version la plus à jour est numérotée 7.5.316). L’éditeur espagnol vient de lancer DéjàVu TeaM Server, qui permet de partager ses mémoires de traduction sans aucune limite de licence en réseau et sur Internet. Powerling se lance dans une ambitieuse conquète de clientèle, en offrant un support technique fouillé et des journées d’accompagnement gratuites aux acheteurs d’une solution complète (TeaM Server, 3 licences clients, 3 formations) pour les aider à démarrer leurs premiers projets. Et, et, et… tout le monde attend avec une impatience non dissimulée la nouvelle version, promise pour très très bientôt.

Que retenir de toutes ces annonces ? Une chose, tout d’abord : Google Translator’s Toolkit semble faire peur à tous les acteurs, avec sa solution gratuite de traduction assistée par ordinateur. Et il y a clairement une guerre des prix et des fonctionnalités qui s’engage, plus fermement qu’autrefois. Je n’ai pas la possibilité de publier ici les prix publics de chaque outil, car certains ne figurent pas sur les sites web de leur éditeurs. Mais il n’y a aucun doute sur la hiérarchie tarifaire : SDL Trados reste le plus cher (2 995 € pour la version Studio Professional), suivi (d’assez loin) par DéjàVu (qui vend désormais la version Workgroup à 1 490 €) et Wordfast reste le plus économique, avec une version Professional Plus à 630 € seulement. Seuls SDL et Wordfast proposent un produit en ligne : l’un à 96 € pour un an et l’autre… gratuitement ! Tous proposent d’essayer leur logiciel gratuitement avant d’acheter.

Bref, le monde des mémoires de traduction change, et, espérons-le, l’utilisateur devrait en profiter.

Les entreprises de traduction organisent leur conférence annuelle

La Chambre Nationale des Entreprises de Traduction (CNET) organise sa journée de conférence annuelle le vendredi 19 mars à l’hôtel Trocadéro, avenue Raymond Poincarré, dans le 16ème arrondissement de Paris.

Au programme, plusieurs présentations :

  • une intervention sur les perspectives économiques animées par un stratège du groupe Crédit Agricole ;
  • une introduction aux méthodologies de développement commercial par le Président de la  société de marketing numérique Mazédia ;
  • une plongée dans les arcanes du e-marketing qui marche par Nigel T. Parker ;
  • un commentaire de l’étude de la Commission Européenne sur les marchés de la traduction par Fernand Boucau, le Président de Telelingua ;
  • un tour d’horizon des formations à la traduction dispensées par le CI3M par Ambroise Desclèves, son fondateur ;
  • et, enfin, le clou de la journée : un face à face entre les logiciels à mémoire de traduction SDL Trados et DéjàVu qui sera animé par des représentants de SDL et Powerling. Peut-être y verra-t-on, pour la première fois, la nouv elle version de DéjàVu ?

Toutes les agences de traduction et, en règle générale, tous les professionnels du secteur sont les bienvenus à cette manifestation, et peuvent s’inscrire en se manifestant directement auprès de la CNET (info @ cnetfrance.org). Un dîner est organisé la veille au Café Barjot, avenue Ledru-Rollin.

SDL Trados – la Mémoire de traduction à 8 € !

SDL a pris hier le virage de l’Internet et du collaboratif, en procédant à une série d’annonces qui feront date en matière de traduction et de localisation.

L’objectif ? Elargir la chaîne de production autour de SDL Trados, en facilitant l’utilisation intégrée des outils de la gamme aux individus comme aux entreprises. Et, sans doute, mieux concurrencer Lionbridge GeoWorkz sur son terrain. Pour y parvenir, SDL propose désormais :

  • SDL Trados Studio Starter Edition, une version limitée de Trados disponible en ligne au prix de 8 € par mois !
  • Une meilleure intégration de plusieurs outils de traduction automatique (ceux de Google, SDL et Language Weaver) dans SDL Trados Studio Service Pack 2.
  • SDL Open Exchange, un environnement permettant aux développeurs d’exploiter les API standard publiques de SDL Trados Studio au sein de leurs propres applications.

Autrement dit, SDL Trados Studio constitue désormais la fondation d’un véritable environnement de création et de localisation de contenu, au sein duquel les entreprises sont encouragées à partager leurs mémoires avec des intervenants extérieurs ponctuels. Bien sûr, il y avait déjà la version Freelance. Mais elle restait chère (environ 700 €) et son achat ne se justifiait vraiment que pour les indépendants amenés à l’utiliser tous les jours, sur tous leurs projets. Seuls les traducteurs spécialisés amenés à collaborer à de longs projets récurrents étaient vraiment dans la cible. Et encore. A condition d’y être quasiment contraint par leur donneur d’ordres principal.

Avec l’édition Starter, la donne change. Tous les traducteurs, fussent-ils travailleurs à temps partiel, sont potentiellement intéressés par la réutilisation de leur travail. Et tous peuvent consacrer 100 € par an à leur outil de travail. Du même coup, les donneurs d’ouvrage désireux d’exploiter Trados pour des projets de taille modeste ou non réccurents peuvent s’adresser à des traducteurs qui, jusque-là, refusaient de s’équiper. Il est certain que cela va modifier le paysage… à condition que la fonctionnalité de l’édition Starter ne soit pas trop bridée quand même. Rappelons qu’il existe des solutions alternatives, comme la Very Large Translation Memory de Wordfast, ou la plate-forme de Lionbridge.

C’est pourquoi la publication des interfaces de programmation d’application intégrées à SDL Trados est une vraie bonne nouvelle. Toutes les entreprises, agences ou clients, qui cherchent à semi-automatiser leur plate-forme de production s’intéresseront aux nouvelles possibilités ouvertes par cette annonce. Jusqu’alors, soit on n’incluait pas Trados dans les systèmes de production informatisés, et l’on pouvait, alors, être tenté de s’intéresser à d’autres outils, comme Logoport par exemple, soit il fallait acheter la solution complète de SDL, qui n’est vraiment pas à la portée de toutes les bourses. Le résultat ? Tout le monde bricolait quelque chose de son côté… Désormais, il devient possible d’intégrer le logiciel à mémoire de traduction standard au sein de plates-formes de production développées sur mesure. Il n’est donc plus obligatoire de se fournir intégralement ici ou là, de choisir entre SDL, Lionbridge, accross ou… un système conçu de bric et de broc car n’intégrant pas la fonction « Mémoire de traduction ».

Que des bonnes nouvelles, donc. On attend la réaction de la concurrence.

Traduction professionnelle – Colloque à l’Université de Rennes 2

L’Université de Rennes 2 organise le 16 et le 17 octobre un colloque consacré à la traduction professionnelle.

Le CFTTR-CRAIE Rennes 2, sous l’égide de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France et avec le soutien de la Direction générale de la traduction (Commission européenne), organise une journée d’étude sur la traduction professionnelle à Rennes, suivie d’une matinée consacrée aux perspectives de mise en place d’une structure fédérative nationale des formations universitaires de traducteurs. C’est en quelque sorte la suite logique de l’Observatoire des formations aux métiers de la traduction, mis en place par le professeur Daniel Gouadec, qui dirige CFTTR et le CRAIE.

Au programme de la journée du 16 octobre, on trouve bien sûr la restitution des résultats de l’enquête nationale sur les compétences des traducteurs, dont nous nous sommes déjà faits l’écho. Suivront ensuite une présentation du profil de compétences idéal, tel qu’il est vu par les partenaires professionnels (associations, institutions nationales et internationales, agences, entreprises, donneurs d’ouvrage, formateurs…).

Puis on parlera des évolutions prévisibles des marchés avant de présenter un état des lieux du projet de Master Européen de traduction (EMT, European Master’s in Translation). C’est le projet EMT qui occupera la totalité de l’après-midi, avec un appel à candidatures, la présentation du programme d’action pour l’animation du réseau EMT, la discussion des problèmes juridiques qu’il pose.

Le lendemain, le 17 octobre, la discussion portera sur les perspectives et les possibilités de mise en place de la structure fédérative nationale des formations universitaires de traducteurs.

N’hésitez pas à vous inscrire auprès de Daniel Gouadec (daniel.gouadec @ uhb.fr) et Daniel Toudic (daniel.toudic @ uhb.fr) pour participer à ce colloque, moyennant une participation aux frais de 50€, à régler sur place.

Interprètes – L’Union Européenne recrute !

Dans sa rubrique Confidentiel, le site Web du Figaro annonce que l’Union Européenne serait en recherche active d’interprètes de langue française.

Les institutions européennes prévoieraient ainsi le recrutement de plus de deux-cents interprètes français d’ici à 2020 (et trois-cents de langue anglaise). Bien que le journal ne précise pas les langues source concernées, l’info vaut sans doute la peine de s’y intéresser pour ceux qui rêvent du statut de fonctionnaire Européen…

Le marché de la traduction plus important Outre Atlantique qu’ici ?

De retour de vacances (d’où le silence de ces dernières semaines), je poursuis ma veille sur le marché de la traduction… et je lis un article enthousiasmant de Marie-Eve Fournier sur le site Québecois Rue Frontenac. Le marché de la traduction y est valorisé à 26 milliards de dollars, soit un chiffre soixante-dix pourcents plus élevé que celui de Common Sense Advisory !

J’ai un peu de mal à y croire… En revanche, les autorités québécoises semblent vraiment être à la recherche de traducteurs pour les années à venir, et notamment le Bureau de la traduction. Et c’est confirmé par cet article du journal Métro Montréal, ou par cet autre de Cyberpresse.

Tout ceci ressemble à une campagne de communication pour encourager les étudiants à entrer dans des cursurs spécialisés en traduction, et devenir ensuite traducteur professionnel, indépendant ou salarié. En ces temps de crise, il s’agit peut-être bien d’une opportunité pour les jeunes traducteurs français qui souhaiteraient s’expatrier ?

Quant à ceux qui préfèreraient s’installer aux Etats-Unis, le Bureau of Labor Statistics projette une croissance de 26% des emplois de traducteurs et interprètes entre 2006 et 2016, et indique des revenus de 76 000 dollars annuels pour certains, allant jusqu’à prétendre que certains indépendants factureraient 100 000 dollars annuels. En tous les cas, ce document est très clair et très complet, et il mérite le détour si vous souhaitez vous informer sur la situation de l’emploi aux USA.

Google offre sa mémoire de traduction aux traducteurs professionnels

Nous l’avions déjà évoqué plusieurs fois sur ce blog par le passé, et… ça y est ! Google lance le Google Translator Toolkit, un nouvel outil qui semble constituer la première pierre du service Google Translation Center, ou, tout simplement, le remplacer intégralement. En effet, l’accès à la version d’évaluation du service renvoie vers la page d’accueil du Toolkit.

Le Toolkit agit à la fois comme une mémoire de traduction et comme un moteur de traduction automatique. Il permet au traducteur de charger un fichier et de le traduire segment par segment, d’une façon très semblable à SDL Trados, Wordfast, Similis ou DéjàVu pour ne citer que ses principaux compétiteurs. Lorsque le segment est trouvé dans une des mémoires de traduction disponibles, c’est le segment cible correspondant qui est renvoyé à l’utilisateur en colonne de droite. Si le segment n’est pas reconnu, Google renvoie une traduction automatique issue de son moteur. Toutefois, si le traducteur refuse de faire appel à la traduction automatique, la phrase source s’affiche à la place du segment-cible pour permettre au traducteur de travailler par écrasement.

Mais Google ne se contente pas de concurrencer les éditeurs de logiciels de mémoires de traduction. Il va plus loin encore puisqu’il encourage les traducteurs à partager leurs mémoires. Dès qu’une mémoire est publiée, elle s’aggrège à la mémoire de traduction « globale », d’où proviennent les suggestions cibles renvoyées à tous les travaux de traduction. Tous les traducteurs peuvent noter la traduction de telle ou telle phrase issue de la mémoire globale ou des mémoires partagées auxquelles ils ont accès, cette note étant ensuite utilisée pour hiérarchiser les résultats des recherches de segments. Chaque traducteur gère autant de mémoires qu’il le souhaite dans son environnement (le workbench…). Les travaux déjà réalisés avec d’autres outils ne sont pas perdus, puisque les mémoires de traduction existantes peuvent être téléchargées dans le Toolkit à condition d’avoir été enregistrées au format TMX, et de ne pas dépasser les 50 Mo*. La mémoire globale et les mémoires partagées alimentent bien entendu le système d’apprentissage du moteur de traduction statistique de Google Translate, qui se perfectionne ainsi sans cesse.

Comme l’outil cible en particulier les traducteurs professionnels indépendants, il est facile d’importer des glossaires (au format CSV), dont le contenu est disponible en cours de traduction. Comme toujours avec Google, l’interface est d’une simplicité enfantine, et personne n’aura de difficulté à la prendre en main.

Pour l’instant, le Google Translator Toolkit n’est disponible que pour l’anglais en langue source, et 47 autres langues en langue cible. Il est aussi possible que la question des droits d’exploitation du contenu posté par les utilisateurs ne soit pas encore réglée. Mais l’outil est disponible et il va sûrement contribuer à modifier profondément la façon de traduire et de vendre les services de traduction professionnels. Les agences de traduction ont sans doute une réflexion approfondie à mener sur la question.

Plus d’informations sur Blogoscopped, et sur Google Blog

Vidéo de présentation du Toolkit :

*Merci à Nicolas (<a href= »http://www.anotherword.fr/ »>http://www.anotherword.fr/</a>) d’avoir signalé mon erreur : j’avais lu 50 Go, mais c’est « seulement » 50 Mo, ce qui fait quand même pas mal pour une mémoire en TXT…

Nouvelles prévisions pour le marché mondial de la traduction

Comme chaque année, Common Sense Advisory a récemment publié ses prévisions pour le marché mondial de la traduction. Désormais basées sur les résultats des 30 premières sociétés de traduction mondiale, elles sont légèrement moins optimistes que l’année dernière, puisqu’elles valorisent en 2009 le marché à 15 milliards de dollars au lieu de 16,7 milliards. La baisse du taux de croissance retenu est appliquée aux années suivantes, et le marché de 2012 ne vaudrait « que » 22,5 milliards de dollars au lieu des 25 milliards anticipés l’an dernier.

Région

PDM 2009
(M$)
2010
(M$)
2011
(M$)
2012
(M$)
2013
(M$)

Europe

43%

6 468

7 331

8 409

9 703

10 781

U.S.A.

40%

6 074

6 884

7 896

9 111

10 123

Asie

12%

1 735

1 965

2 255

2 601

2 891

Reste du Monde

5%

722

818

939

1 083

1 203

Total

100%

15 000

17 000

19 500

22 500

25 000

Table 1: Projected Language Services Revenues for 2009-2013 in U.S. Millions of Dollars
Source: Common Sense Advisory, Inc.

Avec 22,6% en 2008, la croissance moyenne des acteurs principaux reste toutefois très élevée, même s’ils ne captent ensemble que 26% du marché total, soit 3,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Enfin, les Etats-Unis et le Royaume-Uni concentrent à eux seuls 77% du chiffre réalisé par les plus grands acteurs, le solde provenant du reste de l’Europe et d’Asie.

Rang Société Pays CA en M$ Employés Bureaux Statut
1 Global Linguist Solutions, LLC* US

691,00

6 500

6

Privée
2 Lionbridge Technologies US

461,00

4 500

40

Cotée
3 L-3 Communications (LOTS) US

434,59

1 049

1

Cotée
4 SDL International UK

294,54

1 981

55

Cotée
5 Language Line Holdings US

212,64

4 719

7

Privée
6 TransPerfect / Translations.com US

204,77

1 115

56

Privée
7 STAR Group* CH

164,83

910

42

Privée
8 SDI Media Group US

140,00

800

1

Privée
9 Purple Communications, Inc. US

130,08

577

5

Cotée
10 euroscript international S.A. LU

129,03

1 267

32

Privée
11 Xerox Global Services* UK

113,74

506

9

Cotée
12 RWS Holdings PLC UK

106,76

451

12

Cotée
13 CLS Communication CH

57,62

360

14

Privée
14 Manpower Business Solutions NL

55,91

150

7

Privée
15 Semantix A/B SE

53,26

160

10

Privée
16 Logos Group IT

50,22

135

17

Privée
17 thebigword Group UK

49,90

270

9

Privée
18 Welocalize, Inc. US

49,86

402

12

Privée
19 AAC Global Corporation FI

48,99

304

14

Cotée
20 Moravia Worldwide CZ

42,80

446

12

Privée
21 Honyaku Center Inc. JP

42,68

193

7

Cotée
22 Jonckers Translation & Engineering s.a. BE

37,21

280

13

Privée
23 hiSoft Technology International Ltd. ZH

35,10

926

16

Privée
24 HP ACG FR

30,06

150

9

Cotée
25 Merrill-Brink International US

30,02

100

4

Privée
26 Crestec, Inc. JP

28,56

511

22

Privée
27 CBG Konsult AB SE

28,54

180

9

Privée
28 VistaTEC Ltd. IR

27,23

102

5

Privée
29 Telelingua Group BE

21,98

135

5

Privée
30 SEPROTEC Translations ES

20,12

358

15

Privée
Table 2: Top 30 Language Service Providers Worldwide for 2008 (* estimated)
Source: Cited Companies and Common Sense Advisory, Inc.

Peu de changements donc, à part les habituelles concentrations, mais le rapport synthétique vaut la peine d’être lu.