Traduction et ergonomie : le dialogue des Universitaires et des traducteurs professionnels

Plus d’un mois sans rien poster sur ce blog ! Je suis sincèrement désolé d’avoir accumulé autant de retard, et l’actualité n’y est pour rien tant elle s’est montrée riche ces dernières semaines. Les articles qui suivront celui-ci s’en feront l’écho.

Mais avant tout, je voudrais évoquer rapidement le plaisir d’avoir assisté il y a deux semaines (en pleine grève des transports…) au colloque Traduction et ergonomie, organisé par Elisabeth Lavault-Olléon, Professeur à l’Université Stendahl à Grenoble, et directrice du GREMUTS (Groupe de recherche multilingue en traduction spécialisée).

Le thème général intéresse directement les professionnels de la traduction, dont plusieurs représentants figuraient au nombre des participants comme des orateurs. Traducteurs au sein d’organismes internationaux, comme Jean-François Allain, du Conseil de l’Europe, et Michel Rochard, de l’OCDE, localiseurs indépendants, comme Pascale Amozig-Bukszpan, Anne Marie Robert, de la SFT, ou Sarah Freitas, représentants d’entreprises de traduction, comme Mihaela Lupu, de XPlanation language services, ou François Brown de Colstoun, Président de Lingua et Machina, voisinaient avec des Universitaires venus de Belgique, comme Corinne Imhauser, de Suisse, comme Gary Massey et Maureen Ehrensberger-Dow, du Québec, comme Sylvie Vandaele, Louise Brunette et Hugo Vandal-Sirois, d’Irlande, comme Sharon O’Brien, du Portugal, comme Fernando Ferreira-Alves, et de France, puisque les Universités de Strasbourg, avec Thierry Grass, de Rennes 2, avec Daniel Toudic, de Clermont-Ferrand, avec Richard Ryan, et de Grenoble, avec Lise Dumasy, Elisabeth Lavault-Olléon et Sandrine Caroly, étaient aussi représentées.

Réconciliant concepts et pratique, leurs interventions étaient toutes extrêmement intéressantes et centrées sur les contraintes de notre métier. On y parlait multitâche, outils, contraintes clients, responsabilité du traducteur, processus de production, environnement Web et réseaux sociaux. Ce n’est pas un hasard si l’on pouvait croiser dans l’assistance les responsables de plusieurs blogs influents, comme lexicool ou Les recettes du traducteur !

La plupart des communications seront publiées au cours de l’été 2011 dans un numéro spécial de la revue ILCEA (disponible sur http://www.revues.org) ou dans la revue Traduire publiée par la SFT, dont plusieurs membres participaient au colloque.

Bref, c’était un moment passionnant, où la bonne humeur le disputait au professionnalisme et à la qualité scientifique.

Formation à la traduction professionnelle : comment s’y retrouver

Plusieurs demandes m’ont été adressées pour faire un point sur les formations à la traduction.

Ce n’est pas un sujet facile à traiter, car les organismes de formation sont nombreux, peut-être trop, et chacun développe avec plus ou moins de bonheur sa particularité propre.  Et comme j’assure moi-même de nombreux cours à l’Université de Rennes 2 et à celle d’Evry Val d’Essonne, il m’est difficile de garantir l’objectivité de mes propos. Enfin, un travail très fouillé et très complet de recensement des formations est réalisé depuis plusieurs années avec rigueur par Daniel Gouadec, Professeur à Rennes 2, sur son site Profession Traducteur, dont le nom reprend le titre de son livre, paru aux Editions du Dictionnaire. L’auteur, féru des questions des compétences des traducteurs et des formations qui leur sont le plus adaptées, a aussi publié, aux même éditions, le Guide des métiers de la traduction, de la localisation & de la communication multimédia 2009, qui consacre une large part aux formations.

Ce que l’on peut dire sans se tromper, c’est que le choix d’une formation doit dépendre du métier visé (traducteur ou chef de projet ?), de la spécialité souhaitée (sous-titrage vidéo ? traduction juridique ? traduction littéraire ?…) , et, en dernier lieu, de la région. Toutes les formations à la traduction, ou presque, délivrent un diplôme de Master 2 correspondant à cinq années d’études après le bac. Pour s’y inscrire, il convient d’être titulaire d’une Licence de langues (LEA ou LCE).  L’accès au Master se fait en général sur dossier avec une sélectivité plutôt faible : c’est à l’entrée en Master 2 que s’opère la vraie sélection, souvent drastique. Là où certaines promotions de Master 1 comptent jusqu’à 100 étudiants, il n’existe guère de Master 2 dont l’effectif dépasse de beaucoup la vingtaine. Il est possible de s’inscrire en Master 2 dans une Université différente de celle qui a délivré le Master 1 ; il est le plus souvent requis de passer un test et de démontrer sa motivation.

De nombreuses universités ont ouvert leur formation à la traduction assez récemment. Les programmes les plus anciens sont naturellement les plus réputés. C’est le cas des Master de Lille 3, Rennes 2 et Paris 7. Outre les Universités, il existe plusieurs écoles de traduction, dont les plus connues sont l’ISIT et l’ESIT, elle-même hébergée par la faculté de Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Enfin, certains Master appartiennent au réseau EMT (European Master in Translation), mis en place par la Direction Générale de la Traduction au sein de la Commission Européenne, qui distingue 35 formations à la Traduction en Europe. Car rien n’empêche de se former, au moins en partie, dans les autres pays membres de l’Union Européenne, dont l’offre en la matière est également abondante.

Dernière précision : il serait injuste de ne pas mentionner qu’il existe aussi des formations professionnelles continues aux métiers de la traduction. En France, le seul organisme dédié est le Ci3M, auquel il faut ajouter les formations courtes proposées par la SFT.

Guide des métiers de la traduction, de la localisation & de la communication multimédia 2009

Dictionnaire en ligne : linguee vous donne le contexte de la traduction

Un nouveau dictionnaire en ligne est né !

Linguee, disponible en anglais-français, anglais-allemand, anglais-espagnol et anglais-portugais, se fonde sur une quantité impressionnante de textes alignés pour retrouver instantanément la traduction des termes que vous recherchez dans leur contexte.

Les phrases dans lesquelles apparaît le mot que vous avez tapé s’affichent en face de leur traduction, où le terme cible figure en gras. En bref, il s’agit d’une immense mémoire de traduction, qui semble avoir tiré tout le profit possible des documents de l’Union Européenne, dont les mémoires ont été récemment mises à disposition du public.

Il n’empêche : tel quel, http://www.linguee.fr est bien utile.

La traduction des titres de films ne doit rien au hasard

Je viens de lire en ligne sur Slate un article passionnant sur le choix des titres des films américains diffusés en France.

Si vous êtes intéressé par les questions de traduction, vous vous êtes sûrement déjà interrogé sur les titres de films. Pourquoi certains sont-ils traduits (Pas si simple était au départ It’s complicated) et pas d’autres (Toy Story reste Toy Story) ? Pourquoi certains titres restent-ils en anglais alors que le film porte un autre titre à l’origine (pourquoi Step Up 3D s’appelle-t-il Sexy Dance 3D en France ?) Qui décide quoi ? Sur quelles bases ? Existe-t-il des règles à suivre impérativement ? Est-ce une question de réglementation ?

Cécile Dehesdin, journaliste à Slate, répond à toutes ces questions, et fournit des chiffres précis. Elle en profite pour dérouler tout le circuit du lancement en France d’un film importé, et nous montre comment un film peut se trouver au passage entièrement repositionné : Démineurs, par exemple, n’est pas du tout présenté de la même façon en France ou aux USA, où il était titré The Hurt Locker, et les bandes annonces ont été revues en conséquence.

Bref, voilà un article particulièrement instructif, un vrai must read.

La bande annonce de Démineurs en version française a malheureusement été retirée de Youtube.

Traduire, c’est réunir

Pourquoi les grands médias ne font-ils pas attention à la traduction ? Voilà la question, passionnante, à laquelle tente de répondre l’article de Marc Mentré intitulé « Langues, la dernière frontière » et publié sur le blog Owni.

On y apprend, entre autres choses, l’existence du projet Global Voices, un site de publication en 18 langues des billets les plus intéressants trouvés sur les blogs de pays lointains, avec la volonté expresse d’élargir l’audience de ceux qui en ont le moins du fait de leur position géo-stratégique. Qui connaît en Occident l’actualité du Penjab ?

Et ce projet, loin d’être farfelu, dispose de moyens et emploie à mi-temps environ 200 blogueurs dans le monde ! Bien entendu, Global Voices repose sur la traduction, qui est assurée par des traducteurs professionnels et amateurs, tous bénévoles, qui s’expriment sur le blog Translation Exchange Project. Allez visiter la page qui explique le fonctionnement de Global Voices, et vous en reviendrez rasséréné : non, l’esprit communautaire à l’origine du Web n’est pas mort !

Amoureux des langues, bla.la est fait pour vous !

Connaissez-vous bab.la ? Ce portail des langues comporte de nombreuses options intéressantes. Une partie Dictionnaire, enrichie régulièrement par les internautes eux-mêmes, recense de très nombreux termes et expressions courantes (idiotismes ou proverbes) dans plusieurs dictionnaires bilingues. Le système de recherche, très bien fait, permet de trouver très vite la traduction du terme recherché.

Autre aspect important du site, la partie Vocabulaire, qui propose des leçons de vocabulaire dans plusieurs langues. C’est l’endroit où il faut aller quand on veut s’améliorer dans une langue ou en apprendre une. C’est véritablement le coeur du site, et le système d’apprentissage de vocabulaire est conçu de façon rigoureuse pour vous faire progresser dans la langue de votre choix.

A tout ceci s’ajoutent des jeux, des quizz et un forum d’entraide entre traducteurs ou amoureux des langues. Fort logiquement, le site bla.la s’affiche dans seize langues différentes.

Vote the Top 100 Language Professionals Blogs 2010 Enfin, c’est bla.la qui entretient le site Lexiophiles, que j’ai déjà présenté par le passé. Lexiophiles comporte aussi plein d’infos intéressantes sur les langues, et référence sans doute la liste la plus complète de blogs concernant les langues ou la traduction. Un Top 100 des blogs consacrés aux langues est d’ailleurs organisé chaque année : L’Observatoire de la traduction fait partie des sites retenus pour être élus. A vous de voter ici (ou en cliquant sur le bouton qui débute ce paragraphe) pour qu’il apparaisse dans les 100 premiers !

Les langues romanes tiennent colloque

Vendredi 30 avril se tient à l’OIF* une rencontre intitulée Présence, poids et valeur des langues romanes dans la société de la connaissance.

Cette manifestation réunira divers spécialistes latins d’Europe pour faire l’état de l’observation des langues romanes dans différents domaines du savoir. En effet, les langues romanes, malgré leur présence importante dans le monde, sont largement sous-représentées sur le Web ou dans les publications de travaux de recherche : même les institutions européennes privilégient l’anglais. C’est ce phénomène qu’il s’agit d’expliquer et de mesurer pour, à terme, en inverser la courbe d’évolution.

Organisés par l’Union Latine en collaboration avec l’Organisation Internationale de la Francophonie, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, l’Observatoire européen du plurilinguisme, la Société française de terminologie, l’Institut Ramón Llull et l’association Diversum, les débats promettent d’être intéressants.

*13 Quai André Citroën, Paris 15.

Ressources terminologiques pour traducteurs techniques

Je voudrais juste signaler quelques ressources en ligne qui sont utiles aux traducteurs techniques. Je dois ces adresses à Euréka, l’excellente liste de ressources linguistiques initiée et développée par Yvan Cloutier, qui est désormais tenue à jour par Marie-Louise Desfray.

Plusieurs glossaires et Guides des styles

La Direction générale à la traduction vous informe

Je voudrais signaler une ressource Web qui n’a rien de nouvelle, mais qui est extrêmement intéressante. La Direction générale à la Traduction de la Commission Européenne publie de nombreux rapports et guides qui sont rendus publics et distribués gratuitement en ligne. Ces documents sont disponibles dans la Librairie en ligne de la Commission Européenne, qui accueille également les publications des autres Directions générales.

Vous y trouverez, par exemple, une étude approfondie du marché de la traduction en Europe, un rapport sur les outils et les workflows en matière de traduction, une présentation didactique (très bien faite) sur les métiers de la traduction et de l’interprétation, etc., etc. Pour la plupart, ces textes sont consultables en plusieurs langues : anglais, bien sûr, mais aussi français, assez souvent. Et ils sont disponibles gratuitement en téléchargement et, parfois, en version imprimée.

Bonne lecture !

Festival des langues à Lille

La Chambre de Commerce et d’Industrie de Lille organise le Festival des langues le 19 et le 20 mars 2010, en coordination avec l’association No Man’s Langues.

Le Festival des langues, c’est l’occasion de rencontrer les acteurs de tous les métiers des langues : organisateurs de séjours linguistiques, associations culturelles, centres d’apprentissage des langues, éditeurs spécialisés, conférenciers, et même, pour les plus jeunes, animations pour enfants ou représentations théâtrales !

Bref, tout est fait pour vous inciter à vous plonger dans l’univers des langues et des cultures pendant ces deux journées très animées.

PS: J’ai trouvé cette info sur le Blog de Freelang. Merci Maïwenn !