Traduire des sous-titres pour le cinéma : témoignage

Je reproduis ci-dessous l’article de Bernard Achour publié dans la revue gratuite Illimité distribuée dans les cinémas UGC.

Harold Manning : traduire sans trahir

Spécialiste de la traduction et du sous-titrage français de films anglo-saxons, Harold Manning a réussi un véritable exploit en adaptant les dialogues incroyablement volubiles, inventifs et percutants de l’irrésistible In the Loop.

« Tacatacatac ! Pif ! Baoum ! Whizzz ! » C’est en termes particulièrement choisis que notre interlocuteur du jour tente de décrire ce qu’il a ressenti en découvrant In the Loop, cette formidable satire du pouvoir dont l’humour démentiel provient essentiellement de dialogues débités à un rythme de mitraillette, dont il accepta d’assurer la traduction et le sous-titrage français. « Ca n’arrête pas du début à la fin, dit Harold Manning. Un véritable feu d’artifice de jeux de mots, de références politiques, d’inventions lexicales, de sous-entendus sexuels et de grossièretés à faire rougir une caserne entière. » Mais que l’amateur de versions originales soit rassuré : grâce à son parfait bilinguisme franco-anglais, à sa connaissance aiguë des deux cultures, à son sens de la synthèse, à sa vivacité d’esprit et à sa pratique du métier, il ne perdra pas une miette de cette pure déflagration comique qu’est In the Loop.

Va te faire au revoir
Selon des règles établies d’après de savants calculs, le sous-titrage français d’un film étranger se décompose en lignes (deux d’un coup au maximum) comportant un nombre limité de caractères (41) par ligne, pas davantage, (lettres, signes de ponctuation et espaces compris) incrustés à l’image le temps nécessaire à leur lecture et à leur compréhension, soit environ quatre secondes. « Quand je travaille sur un film, j’en reçois une copie ainsi que la liste complète de ses dialogues, où figurent en heures, en minutes et en secondes le début et la fin de chaque réplique, explique Harold Manning. Ensuite, c’est à moi de condenser ma traduction en fonction de l’espace dont je dispose, calculé par une machine spécialisée. » Contrairement à la transposition d’oeuvres littéraires, il ne s’agit donc pas de reproduire l’intégralité d’un texte, mais d’en extirper le style, le sens, la musicalité (« Essentiel, la musique de la langue ! ») et l’expressivité du comédien qui le prononce, dans le cadre d’un repérage bien déterminé. Une tâche dont Harold Manning, fasciné depuis l’enfance par les mots qui clignotaient sur les images des films qu’il regardait en VO, s’est déjà acquitté près de 100 fois pour le cinéma (Bloody Sunday) comme pour la télévision (Queer as Folk).

Contacté en urgence par la productrice d’In the Loop, c’est un vrai coup de coeur pour le film qui lui fit accepter la mission « impossible » de le traduire en 15 jours : « Un film de la même durée comprend à peu près 150 pages de dialogues : ceux d’In the Loop en occupent le double, soit 2000 sous-titres ! » Mais pas un gramme de remplissage : « C’est du caviar, du Billy Wilder, chaque phrase explose de sens et de drôlerie« , s’enflamme Harold Manning. Etrangement, il n’a pas tellement buté sur la traduction des allusions politiques ou sur la multiplicité des personnages qui prennent parfois la parole en même temps. En fait, c’est aux injures follement imaginatives de l’impayable directeur de la communication du Premier Ministre anglais qu’il s’est principalement heurté. « L’expression inventée de toutes pièces « Fuckitty bye » m’a hanté plusieurs nuits, jusqu’au moment où j’ai pensé à « Va te faire au revoir » et où tout s’est débloqué« , se souvient-il.

Au fait, que signifie In the Loop ? « Ca veut dire « Dans la confidence », et on s’est essoré les méninges à force de brainstormings pour trouver un équivalent français satisfaisant, raconte Harold Manning. Mais, en fin de compte, on a jugé que ça sonnait bien phonétiquement, et on l’a laissé tel quel !« 

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A propos Guillaume

Je dirige l'agence de traduction Anyword, que j'ai créée fin 2004. Avant cette date, j'avais créé, développé et, malheureusement, fermé une autre agence de traduction, appelée encouv. Je travaille donc dans le secteur de la traduction et de la localisation depuis 1993. Auparavant, j'étais journaliste, spécialisé dans le domaine informatique. Ce blog est en quelque sorte un moyen de renouer, modestement, avec l'écriture, et de me contraindre à une veille du secteur dans lequel j'évolue depuis maintenant plus de 15 ans.

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