Traduction collaborative : des nouvelles du front

Nous avons déjà plusieurs fois traité de la traduction collaborative dans ces colonnes, essentiellement au sujet de Facebook, qui a fait traduire son interface utilisateur (environ 150 000 mots) dans 52 langues de cette façon.

C’est aujourd’hui au tour de LinkedIn, le réseau social professionnel américain, de s’intéresser à la question. Le site a fait parvenir aux traducteurs professionnels inscrits chez lui une enquête sur l’éventualité de participer à un tel projet. La réaction ne s’est pas faite attendre ! Outrés, la plupart des traducteurs professionnels sollicités ont réagi assez violemment, allant jusqu’à créer un groupe dédié (Translators against Crowdsourcing by Commercial Businesses), comme le relate Matthew Benett sur son blog (LinkedIn Infuriates Professional Translators: 10 Big Questions). Nataly Kelly, de Common Sense Advisory, fait une analyse intéressante, modérée, et équilibrée de l’histoire sur le blog Global WatchTower, en expliquant dans le détail le point de vue habituel des traducteurs, qui craignent avec raison une nouvelle dévalorisation de leur métier par ces pratiques, et celui des donneurs d’ordre, qui souhaitent surtout réduire le temps de mise sur le marché de leurs produits. L’article est vraiment intéressant, et cela vaut la peine de le lire quand on craint que la traduction collaborative ne soit la principale menace en matière de traduction (bien supérieure selon moi à la traduction automatique).

Et c’est aussi très intéressant de confronter ce papier à une autre nouvelle récente, publiée sur le blog de l’Atelier (Le web social s’attelle à la réduction des coûts de traduction). La société japonaise Anydoor a mis en place une plate-forme collaborative Conyacc auto-promue « world first social translation service ». Il s’agit de poster des demandes de traduction à plusieurs traducteurs « volontaires » (tout un chacun étant libre de s’inscrire dans cette catégorie d’utilisateurs). Les traductions proposées font l’objet d’un vote par le « client », et la « meilleure » remporte la mise, exprimée en points Conyacc, chaque point valant 0,007 euros… Les autres ne sont pas payées.

Voilà exactement le type de plate-forme collaborative de traduction dont tous les professionnels redoutent la généralisation ! Un système qui méconnaît complètement le processus de traduction lui-même, et encourage le travail bénévole et la production de textes médiocres à usage professionnel.

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A propos Guillaume

Je dirige l'agence de traduction Anyword, que j'ai créée fin 2004. Avant cette date, j'avais créé, développé et, malheureusement, fermé une autre agence de traduction, appelée encouv. Je travaille donc dans le secteur de la traduction et de la localisation depuis 1993. Auparavant, j'étais journaliste, spécialisé dans le domaine informatique. Ce blog est en quelque sorte un moyen de renouer, modestement, avec l'écriture, et de me contraindre à une veille du secteur dans lequel j'évolue depuis maintenant plus de 15 ans.

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