Langues en voie d’extinction : un dossier de La Recherche fait le point

Je voudrais signaler l’excellent dossier paru dans le numéro d’avril de La Recherche au sujet des langues vivantes. Intitulé « L’avenir des langues », ce dossier complet traite aussi bien la question de la disparition des langues (2 500 sur 7 000 seraient menacées d’extinction rapide d’après l’Unesco), que de leur apparition (de nouvelles langues se créent régulièrement, comme le Spanglish aux Etats-Unis) et, bien sûr, du développement exceptionnel de la langue anglaise au sein des Universités, des entreprises, des organisations internationales…

Bourrés d’informations, les articles de ce long dossier battent en brèche les idées reçues. Ainsi découvre-t-on qu’Internet, loin de favoriser l’uniformisation tant redoutée autour de l’anglais, est en fait un vecteur de diffusion de langues moins pratiquées depuis l’adoption du langage Unicode, qui permet d’utiliser tous les alphabets. On revient aussi sur la longue traîne des langues (dont nous parlions ici) : 0,2% des langues mondiales (les douze premières) sont pratiquées par 44,3% des locuteurs de la planète, et les soixante-douze suivantes (1,2% des langues) représentent 38% des locuteurs !

Optimistes, les auteurs (Louis-Jean et Alain Calvet) rappellent toutefois que le nombre de locuteurs n’est pas la seule cause de survie d’une langue ; d’autres facteurs interviennent, comme la présence sur Internet, le nombre de pays où elles sont officielles, le nombre de Prix Nobel de littérature, etc. Facteurs qui favorisent parfois l’éclosion de langues nouvelles, comme le Spanglish, parlé par plusieurs millions de personnes. C’est ce qui amène les auteurs à imaginer un modèle « gravitationnel » de représentation de l’importance relative des langues, reliées entre elles par leurs locuteurs bilingues. Dans ce modèles, les langues périphériques sont plus menacées que celles dont elles dépendent (appelées centrales), qui elles-mêmes courent plus de risques que les langues centrales, et ainsi de suite.

Outre la longue interview de Jean-Marie Hombert, linguiste à l’Institut des Sciences de l’Homme de Lyon, et responsable du projet de Contribution linguistique à l’histoire de l’Afrique subsaharienne, qui explique en quoi la diversité culturelle de l’Afrique est menacée par l’extinction de certaines langues, le dossier comporte aussi une cartographie des langues en voie d’extinction, et un long article sur la progression de l’anglais.

Cet état des lieux de l’utilisation de l’anglais souligne plusieurs paradoxes, comme la multiplication des Masters (souvent des MBA) dispensés en anglais, ce qui revient à pratiquer un enseignement de haut niveau dans une langue dont les enseignants comme les étudiants n’ont qu’une connaissance partielle, donc approximative. De la même façon, il n’est pas certain que l’usage exclusif de l’anglais pour la diffusion des connaissances scientifiques soit toujours un bienfait. L’article de Claude Truchot souligne aussi de nombreux facteurs favorables aux langues nationales, et refuse de se clore sur un sorte de constat d’échec des langues européennes face à l’anglais.

Bref, tout le dossier vaut la peine d’être lu avec attention, tant il fourmille d’informations, de données, et de références passionnantes sur le sujet des langues dans le monde.

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A propos Guillaume

Je dirige l'agence de traduction Anyword, que j'ai créée fin 2004. Avant cette date, j'avais créé, développé et, malheureusement, fermé une autre agence de traduction, appelée encouv. Je travaille donc dans le secteur de la traduction et de la localisation depuis 1993. Auparavant, j'étais journaliste, spécialisé dans le domaine informatique. Ce blog est en quelque sorte un moyen de renouer, modestement, avec l'écriture, et de me contraindre à une veille du secteur dans lequel j'évolue depuis maintenant plus de 15 ans.

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