La traduction gratuite de masse a-t-elle de l’avenir ?

Une traduction Plusieurs articles et de nombreux forums s’émeuvent que Facebook aie fait appel à de très nombreux bénévoles pour traduire son interface en plusieurs langues. Associated Press a publié un communiqué à ce sujet, qui a été initié par la société d’études marketing Common Sense Advisory, laquelle consacre aussi un billet de son excellent blog Global Watchtower à la question. Les réactions ont été fortes, comme en témoigne, par exemple, le Dico du Net ou TechCrunch, ou encore Presse-Citron (où j’ai trouvé la capture illustrant ce billet).

De quoi s’agit-il ? D’une part, Facebook a exploité un système massivement collaboratif pour intégrer les contributions de très nombreux participants à un projet commun. En gros, les phrases à traduire étaient centralisées dans une grosse base de données, et chaque contributeur pouvait en traduire quelques unes, qui étaient révisées par d’autres. D’autre part, Facebook a fait appel à la bonne volonté de chacun, et ce travail a donc été réalisé sur la base du bénévolat, par des non-professionnels (la capture d’écran ci-contre en témoigne). C’est surtout ce sujet qui soulève la critique : qu’une entreprise valorisée 15 milliards de dollars ne paie pas la localisation de son interface semble un peu fort de café à tout le monde. Cela contraste avec la pratique habituelle du secteur informatique, et par exemple de Microsoft, actionnaire de Facebook, qui consacre chaque année à la localisation de ses logiciels des sommes faramineuses.

Pourtant, la pratique de Facebook n’est pas si innovante qu’elle s’en donne l’air. Il y a bien d’autres initiatives de traduction gratuite comme, bien sûr, Wikipedia, Traducteurs sans frontières, le service d’aide à la traduction de Freelang, ou encore TraduWiki, qui fonctionne aussi sur le principe de la traduction distribuée ou collaborative. Toutes ces propositions, et je suis certain qu’il y en a bien d’autres, sont gratuites et ne soulèvent pas l’indignation des foules. On pourrait répondre qu’elles sont sans but lucratif, contrairement à la proposition de Facebook. Dans ce cas, allez voir comment Google s’assure lui aussi des contributions gratuites de ses usagers pour traduire son interface. Et je ne mentionne pas les offres de traduction automatique de Reverso, Google, Yahoo, etc., dont la gratuité n’est pas motivée par le bénévolat comme l’explique, encore, Global WatchTower.

En ce qui me concerne, je trouve cette pratique plutôt rassurante: chaque tentative de traduction professionnelle gratuite échoue sur des questions de qualité. Le traducteur automatique de Google fait du bon boulot… à concurrence de deux ou trois phrases simples. Mais il est incapable de traduire correctement de grands volumes de texte qui seront exploités à titre professionnel. Finalement, le scandale, c’est que Facebook envisage sereinement de faire utiliser à ses membres une interface mixant plusieurs langues n’importe comment. Quand ils sont dans un environnement où l’information compte, les amateurs de mashup exigent le même degré de qualité que les autres. C’est pourquoi la tentative de Facebook n’a pas d’avenir autre que communautaire ou marginal. Elle a le mérite de révéler l’apport réel des professionnels à un produit localisé: il ne se résume pas à juxtaposer des bouts de phrase traduits mot-à-mot et hors contexte.

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A propos Guillaume

Je dirige l'agence de traduction Anyword, que j'ai créée fin 2004. Avant cette date, j'avais créé, développé et, malheureusement, fermé une autre agence de traduction, appelée encouv. Je travaille donc dans le secteur de la traduction et de la localisation depuis 1993. Auparavant, j'étais journaliste, spécialisé dans le domaine informatique. Ce blog est en quelque sorte un moyen de renouer, modestement, avec l'écriture, et de me contraindre à une veille du secteur dans lequel j'évolue depuis maintenant plus de 15 ans.

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