La Longue traîne des langues de traduction

Dans un précédent billet, je m’intéressais à la répartition des langues vers lesquelles nos clients nous demandent de traduire leurs document. J’ai repris et affiné ces chiffres, et je les ai comparé avec ceux des deux années précédentes.

On constate tout d’abord que chaque année nous traduisons dans un plus grand nombre de langues: les 61 couples de langues de l’année 2007 n’étaient que 47 en 2006, et 27 en 2005. La « traîne » telle que la décrit Chris Anderson s’allonge donc un peu plus chaque année vers la droite. Les six premières langues de traduction (français, anglais, espagnol, italien, néerlandais et allemand) ne changent pas d’une année sur l’autre, même si, ensemble, leur part décroit doucement (on passe de 80% à 70%). Cette décroissance est bien sûr liée à la diversification de la demande de langues : là où les 22 autres langues représentaient 14% du total en 2005, elles étaient 56 à compter pour 27% en 2007, et le CA correspondant à ces langues avait quadruplé !

Mais ce qu’il y a de véritablement surprenant, c’est que l’anglais suit une courbe très différente. Chaque année, la part de la traduction français-anglais s’accroît fortement : de 39%, on passe à 44%, puis à 47% ! C’est la seule combinaison de langues à se comporter de cette façon. Or cette progression en valeur relative est doublée d’une autre, en valeur absolue. Car, pendant ce temps, le CA global a triplé, et celui de l’anglais aussi. Autrement dit, la part du couple français-anglais n’a pas progressé de 20% en trois ans, comme pourrait le faire croire l’observation de sa progression en valeur relative, mais de 270%, comme le révèle la progression en valeur absolue. C’est énorme.

On a donc deux pôles de croissance: d’une part, l’augmentation du nombre de langues demandées par nos clients augmente le CA global de la partie droite de la traîne; d’autre part, la « tête » de la traîne (la traduction en anglais) se vend de plus en plus et continue de progresser en valeur relative. Je suis presque certain que cela ne serait pas le cas si nous ne proposions que de l’anglais (ou un nombre plus restreint de couples de langues). Ce qui aurait une autre signification : en traduction, contrairement à ce qu’enseigne le marketing, mieux vaut ne pas trop se spécialiser, au moins sur le plan linguistique.

Ce contenu a été publié dans Marché de la traduction par Guillaume. Mettez-le en favori avec son permalien.
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A propos Guillaume

Je dirige l'agence de traduction Anyword, que j'ai créée fin 2004. Avant cette date, j'avais créé, développé et, malheureusement, fermé une autre agence de traduction, appelée encouv. Je travaille donc dans le secteur de la traduction et de la localisation depuis 1993. Auparavant, j'étais journaliste, spécialisé dans le domaine informatique. Ce blog est en quelque sorte un moyen de renouer, modestement, avec l'écriture, et de me contraindre à une veille du secteur dans lequel j'évolue depuis maintenant plus de 15 ans.

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